Paroles d'artistes

  • Degas à Pissaro: Lettre à propos de gravure

    Lettre de DEGAS à PISSARO 1880
    Mon cher PISSARO,
     
    Je vous félicite de votre ardeur; j'ai couru chez Mademoiselle CASSATT avec votre paquet.
    Elle vous fait les mêmes compliments que moi à ce sujet.
    Voici les épreuves: la teinte générale noirâtre, grisâtre plutôt, vient du zinc, qui est gras par lui-même et retient du noir de l'imprimeur; la plaque n'est pas assez planée.
     
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    Crépuscule avec meules de foin
     
    Pissarro combine plusieurs procédés pour créer de l’atmosphère, dont les grains de l’aquatinte ainsi que pour obtenir un divers tons et textures. L’eau-forte et la pointe sèche servent à définir les caractéristiques du paysage. Imprimée, par Degas, c'est une série en couleurs. Degas qui imprima ces épreuves, trouvait que la planéité de la planche étant imparfaite, l'atmosphère "brumeuse" en était la cause.

    Il est difficile de savoir si les différentes couleurs devaient suggérer des changements de lumière ou, tout simplement, élargir l’éventail des possibilités décoratives. Personnellement à la lecture des lettres je pencherais plutôt pour la seconde hypothèse.

    Je me doute bien qu'à Pontoise, vous n'avez pas autant de facilité pour ce point-là que rue de la Huchette( chez le planeur GODARD) Il faudrait tout de même avoir quelque chose de plus lisse.
    Vous pouvez voir tout de même combien le procédé a de ressources.
    Il faudrait aussi que vous vous exerciez à poser des grains, pour avoir par exemple un ciel d'un gris uni, égal et fin.
    C'est très difficile, si on en croit Maître BRACQUEMOND. En ne voulant faire que des gravures d'art original, c'est peut-être assez facile.
     
    Voici le moyen: prenez une plaque bien lisse (c'est essentiel, vous comprenez).Dégraissez-la absolument, au blanc d'espagne. Préalablement vous avez faire dissoudre dans de l'alcool ttrès concentré de la résine. Ce liquide versé à la façon des photographes lorsqu'ils verseent le collodion sur leur glace, (ayez soin, comme ils le font, de bien égoutter la plaque en la penchant), ce liquide donc s'évapore et laise la plaque couverte d'une couche plus ou moins épaisse de résine en petits grains. En faisant mordre vous avez un semis plus ou moins foncé suivant que vous aurez laisser mordre plus ou moins. Pour avoir des teintes égales c'est nécessaire; pour avoir des effets moins réguliers, vous pouvez les obtenir avec l'estompe ou le doigt ou toute autre pression sur le papier qui couvre le vernis mou.
    Votre vernis me semble un peu trop gras. Vous avez mis un peu trop de graisse ou de suif.
    Avec quoi avez-vous noirci votre vernis, pour avoir ce ton bistré du derrière du dessin?
    C'est très joli.
    Essayez quelque chose de plus grand avec une meilleure planche.
    Pour la couleur, je vous ferez tirer avec une encre de couleur votre prochain envoi.
    J'ai aussi d'autres idées pour les planches en couleurs.
    Essayez donc quelque chose de plus fini. Ca serait ravissant de voir des contours de choux très suivis( PISSARO avait gravé un vernis représentant un champ de choux.)
     
    Lettre de Degas à Pissaro, gravure, estampe, eau-forte, aquatinte, technique, correspondance, écrits d'artiste
     
    Pensez qu'il faut débuter par une ou deux très belles planches de vous.
    Je vais m'y mettre ces jours-ci, à mon tour.
    Caillebotte fait de ses fenêtres des refuges du Boulevard Haussmann m'a-t-on dit.
    Pourriez-vous trouver à Pontoise quelqu'un qui puisse découper dans du cuivre très léger des choses décalquées par vous. On pourrait appliquer ces sortes de patrons, sur une épreuve au trait et un peu à l'effet, à l'eau-forte ou au vernis mou et imprimer alors avec du bois poreux chargé de couleur à l'eau les parties mises à découvert. Il y aurait là à faire de jolis essais d'impressions originales et curieuses en couleur. Travaillez un peu çà, si vous pouvez.-Je vous enverrai bientôt, des essais de moi en ce genre- Ce serait économique et nouveau.
    (Apparemment DEGAS n'a jamais réalisé ces essais. Le procédé d'impression de bois avec de la couleur à l'eau, a été pratiqué par GAUGUIN sur des bois directement gravé par lui)
    Et ça nous irait, je crois, suffisamment pour commencer.
     
    pas besoin de vous complimenter sur la qualité d'art de vos potagers.
    Seulement dès que vous vous sentirez un peu habitué, essayez en plus grand et des choses plus faites.
    Bon courage.
    DEGAS

     

     

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    NOTE: Toutes ces gravures sont visible sur le site de Gallica à l'adresse suivante: http://gallica.bnf.fr/Search?ArianeWireIndex=index&f_typedoc=images&q=Pissarro+estampe&p=1&f_provenance=bnf.fr&lang=FR&tri=date_sort&n=15

  • Le temps passe

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    L'adieu


    J'ai cueilli ce brin de bruyère 
    L'automne est morte souviens-t'en 
    Nous ne nous verrons plus sur terre
    Odeur du temps Brin de bruyère
    Et souviens-toi que je t'attends

     

    Guillaume Apollinaire
  • odilon Redon (suite)

     

    Propos d’artistes : Odilon Redon à propos de la lithographie.

     

    Odilon Redon parle longuement dans deux lettres à André Mellerio qui lui pose des tas de questions à propos de son oeuvre lithographiée. André Mellerio qui fit les catalogues des oeuvres lithographiques, des dessins et des peintures d'Odilon Redon, était également un ami fidèle de longue date d'Odilon Redon.

     

    Lettre d'Odilon Redon à  André Mellerio juillet 1898 

     

    (Extraits du livre: lettres d'Odilon Redon 1878-1916 publiée par sa famille, Paris & Bruxelles, Librairie Nationale d'art et d'histoire G.VAN OEST & CIE Editeurs,1923)

     

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    Une lithographie d'Odilon Redon peu connue et ne faisant pas partie d'une série.(année 1887)

    30,1 x 22,4 cm

    Origine: site de l'inha


    Cette lithographie à été tirée à 25 exemplaire sur papier de chine appliqué.

    Note:Le papier de chine (pour les collectionneurs de beaux livres)  est un des papiers les plus recherché avec le papier Madagascar et le papier japon. Ce sont des papiers à longues fibres très résistants.


    A propos des œuvres ne faisant pas partie des séries.

    Je ne sais pas ce que vous entendez par "tendance homogène" ni par le mot " courant" pouvant "grouper les pièces séparées". Ces pièces isolées sont quelquefois la reproduction d'un dessin ancien; quelquefois spontanément créées.

    A propos de la désignation de ses lithographies

    Je n'ai jamais employé le mot défectueux "d'illustration": Vous ne le trouverez pas en mes catalogues.

    C'est un terme à trouver: je ne vois que ceux de transmission, d'interprétation, et encore, ils ne sont pas exacts pour dire tout-à-fait le résultat d'une de mes lectures, passant dans mes noirs organisés.

    Quand à Flaubert, ce fut mon très regretté Emile Hennequin qui m'apporta la TENTATION DE SAINT ANTOINE, lorsqu'il eut vu les ORIGINES. Il me dit que je trouverais en ce livre des monstres nouveaux. J'ai été vite séduit par la partie descriptive de cet ouvrage, par le relief et la couleur de toutes ces résurrections d'un passé. 

    Je vous ferai remarquer que la première série de lithographies que j'ai faite, à propos de ce livre, m'a été demandée par l'éditeur Deman.

    LES FLEURS DU MAL sont aussi des dessins que le même éditeur mit sur cuivre. 

    Le pourquoi des œuvres isolées

    Vous me demandez pourquoi j'ai fait des pièces isolées. Mais simplement pour faire de l'estampe, à l'exemple de tous les artiste du présent et du passé; ils n'ont fait que cela.

    La Joconde est une pièce séparée. La pièce aux cent florins aussi. Voilà de beaux antécédents. Je ne comprends à vos pourquoi. Ce qui fut fait est. Je ne puis m'analyser et ne dois analyser que ma minute de gestation et de trouvaille.

    .....

    Je n'ai fait, pour les PENSEES DE PASCAL, qu'apposer une phrase de cet écrivain sur l'une de mes mines de plomb, elle s'adaptait un peu.

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    Le coeur a ses raisons dessin d'Odilon Redon.

    Je doute que je donne suite à mon idée d'en produire d'autres. C'est un texte trop abstrait, pour en tirer un"blanc et noir" qui y corresponde, même pour moi. Le cœur a ses raisons voir image

                                                                    *******************

    Seconde lettre d'Odilon Redon à Mellerio

    16 août 1898

    ...."J'ai toujours là sous les yeux votre lettre dont les questions m'enbarrassent. Je ne puis  répondre tout-à-fait.

    Quel intérêt trouvez-vous à savoir si je me mets devant le chevalet ou la pierre avec les prévisions d'un concept préalable? Voilà trente ans que l'on me pose cette question.

    Vous ne sauriez croire combien elle effarouche ma pudeur, je n'y ai pas répondu.

    A quoi bon révéler autre chose que le résultat?

    Ceux qui me voient travailler dans l'intimité de la vie privée sont sans doute éclairés sur ces choses, et Ari ou sa mère, vous en diraient en riant plus que moi, c'est probable.

    Je puis vous confier, toutefois, si bon vous semble, des particularités invincibles de ma nature."

    De l' angoisse de la page blanche

    "Ainsi j'ai horreur d'une feuille de papier blanc. Elle m'impressionne désagréablement jusqu'à me rendre stérile, jusqu'à m'ôter le goût au travail( sauf les, bien entendu, où je me propose de représenter quelque chose de réel, comme de faire une étude, un portrait, par exemple) une feuille de papier me choque tant, que je suis obligé, dès qu'elle est sur mon chevalet, de la griffoner de charbon, de crayon, ou de toute autre matière, et cette opération lui donne vie."

    Je crois que l'art suggestif tient beaucoup des incilations(NDR: coquille de l'imprimeur? Ce mot n'existe pas) de la matière elle-même de l'artiste."

    Et d'expliquer son propos

    "Un artiste vraiment sensible ne trouve pas la même fiction dans des matières différentes, parcequ'il est par elles, différemment impressionné.

    Cela pour vous faire comprendre combien le concept préalable dont vous parlez, est d'une action relative et indirecte.

    Il est souvent sans doute comme une entreprise de départ que l'on abandonna au cours du chemin pour suivre les sentiers charmants et imprévus de la fantaisie, cette souveraine, qui nous ouvre soudain des séductions magnifiques, surprenantes, qui nous subjugue. Elle a été mon ange-gardien.

    Elle aime surtout la jeunesse et l'enfance, et la sagesse est de rester toujours un peu enfant, pour créer.

    Elle est aussi la messagère de "l'inconscient", ce très haut et mystérieux personnage.

    Sa venue est attendue dans la vieillesse trop avisée. Elle vient à son heure selon le temps, le lieu, la saison même.

    Cela doit vous éclairer et vous dire combien il est malaisé de répondre à des "pourquoi" et des "comment", puisque dans ce creuset fatal où s'élabore le produit d'art, tout est primé par le précieux caprice de cet inconnu.

    Petit aphorisme banal: RIEN NE SE FAIT EN ART PAR LA VOLONTE SEULE.

    "Tout se fait par la soumissin docile à la venue de "l'inconscient". L'esprit d'analyse doit être prompt quand il paraît, mais après, il importe assez peu de s'en souvenir puisque, à chaque oeuvre, à chaque ouvrage, il nous propose un problème différent. Il est le vin de la vie, de vie divine et toute nouvelle. Je ne puis guère autrement vous dire."

    A propos de son rapport aux lithographes professionnels

    "Quand à savoir ce que me reprochent les lithographes de profession,çà, je ne le sais pas.

    Ils ont tort de témoigner contre moi qui n'ai jamais fait ni désiré faire leur besogne.

    Ils ont un point de vue, j'en ai un autre."

    Vous parlez sans doute des lithographes officiels.

    "Je ne connais de leur pensée que le soin qu'ils ont pris de m'éliminer, jadis, des expositions qu'ils organisent.

    Après examen fait en ma maturité, je crois pouvoir dire qu'ils ont écarté mes meilleures lithographies.

    Ils sont copistes d'ailleurs, je ne pouvais donc pas traiter mes ouvrages comme ils traitent les leurs.

    C'était impossible."

    Des rapports distants avec les ouvriers lithographes professionnels

    J'ai vu autrefois quelques-uns de ces lithographes à l'imprimerie Lemercier; mais nous n'avons guère échangé de propos sur nos diverses cuisines. Nos abords étaient d'ailleurs tempérés par une atmosphère assez fraîche qui se répandait quand je m'approchais d'eux.

     

    Je sais qu'ils parlaient "du grain" avec quelque mystère, et je vois à votre lettre qu'il vous intéresse aussi.

     

    Note "le grain" est déterminé par le grainage de la pierre qui peut être plus ou moins rugueux.

    Celui-ci est obtenu lors de la préparation de la pierre en ponçant deux pierres l'une sur l'autre au moyen d' un mélange d'eau et de carborundum en poudre qui peut comme pour le papier émeri être de grosseurs différentes.

    Le grainage à la manière d'un papier aquarelle à gros ou petit grain, détermine la texture obtenue au tirage des épreuves. Par exemple un grainage fin conviendra bien à une lithographie exécutée à la plume, un grainage plus grossier permettra des effets de crayon plus prononcés.

    "Tous les lithographes connaissent et traitent avec beaucoup d'égards cet élément essentiel d'une bonne pierre, mais le résultat qu'il donne n'est pas le but.

    Du choix du papier report plutôt que de la pierre.

    "Le papier report, dont vous vous souciez aussi, est excellent pour l'improvisation. Je l'aime beaucoup parce qu'il obéit mieux que la pierre. En vous confiant que la matière agit beaucoup sur ma sensibilité, vous devez comprendre que ce silex grave, revêche et dur ne permet guère les aventureuses entreprises de ma fantaisie:Le papier cède, la pierre résiste."

    Note: Le Papier report est un  Papier recouvert d'une couche de gomme arabique  et de blanc, L'artiste trace, au crayon gras ou à l'encre lithographique, son dessin sur cet appret, Celui-ci étant soluble dans l'eau, il suffit, pour que le tracé gras se dépose sur la pierre lithographique, de poser le papier report (côté dessin) sur celle-ci, puis d'en humecter le verso. La colle se dissout et la graisse de l'encre adhère au calcaire. Corot utilisa très souvent ce moyen pour travailler " sur le motif ".

    "...Je ne la comprends qu'après les premiers coups de feu, après les chaudes fumées de l'improvisation initiale sur le papier.

    Je vous dirai verbalement quand je vous verrai les différences, avec des pièces sous les yeux, les ressources de l'une et de l'autre, ou des deux ensembles."

    Les légendes de l'album à Edgar Poe sont de moi ainsi que les autres, sauf quand il s'est agi de Flaubert ou de Baudelaire.

    Je ne sais rien de l'usage que peut faire un autre artiste du papier report, parceque je ne suis pas lui, parcequ'il n'est pas moi.

  • Odilon Redon (première partie)

    Propos d’artistes : Odilon Redon à propos de la lithographie.

    Odilon Redon parle longuement dans deux lettres à André Mellerio qui lui pose des tas de questions à propos de son oeuvre lithographiée. André Mellerio qui fit les catalogues des oeuvres lithographiques, des dessins et des peintures d'Odilon Redon, était également un ami fidèle de longue date d'Odilon Redon.

    Lettre d'Odilon Redon à  André Mellerio juillet 1898 

    (Extraits du livre: lettres d'Odilon Redon 1878-1916 publiée par sa famille, Paris & Bruxelles, Librairie Nationale d'art et d'histoire G.VAN OEST & CIE Editeurs,1923)

    Famille Mellerio, Maurice Denis, illustration, portrait

    La famille d'André Mellerio, peint par Maurice Denis.

    Livre écrit par André Mellerio sur l'oeuvre d'Odilon Redon

    Le pourquoi.

    …"Pourtant je puis vous dire pourquoi j'ai fait de la lithographie: c'est que j'avais, avant, vainement essayé de produire dans le salon officiel de nombreux fusains que j'avais crayonnés et qui dormaient dans mes cartons. Fantin-Latour  me donna l'excellent conseil de les reproduire à l'aide du crayon gras; il me passa  même de bonne grâce, une feuille de papier report, pour le calque."

     

    Papier report  Papier recouvert d'une couche de gomme arabique  et de blanc, L'artiste trace, au crayon gras ou à l'encre lithographique, son dessin sur cet appret, Celui-ci étant soluble dans l'eau, il suffit, pour que le tracé gras se dépose sur la pierre lithographique, de poser le papier report (côté dessin) sur celle-ci, puis d'en humecter le verso. La colle se dissout et la graisse de l'encre adhère au calcaire. Corot utilisa très souvent ce moyen pour travailler " sur le motif ".

     

    -"J'ai donc fait mes premières lithographies pour multiplier mes dessins.

    Et voyez comme cette source première manque déjà de grandeur!"

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    "Et l'homme parut, interrogeant le sol d'où il sort et qui l'attire, il se fraya la voie vers de sombres clartés"

    Lithographie de l'album " Les origines"

    "Naturellement, voulant me produire, l'idée d'une suite me vint à l'esprit, et le premier album est ainsi le recueil de quelques pièces anciennes variées, mais dans lequel, prenant goût au procédé nouveau que j'essayais, j'ai fait, pour le terminer, de la lithographie de jet."

     Lithographie de jet  en bref un dessin spontané directement effectué sur la pierre ou le papier report, sans étude préalable.

    Sur les titres et légendes de ses lithographies

    "Le titre me vint tout de suite aisément, et désignait mon atmosphère personnelle dans l'ambiance, à ce moment là.

    ....Cet album est peut-être l'un de mes préférés, parcequ'il est façonné sans aucun alliage de littérature.

    Le titre de DANS LE REVE n'étant, en quelque sorte, qu'une clé d'ouverture.

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    La sirène sortit des flots, vêtue de dards " Album Les Origines"

    La déclaration que je vous fais là, doit vous dire combien il m'en coûte d'insister sur les subtilités que pourraient-vous suggérer les ouvrages qui le suivent, à cause des suscriptions où vous voulez voir trop, où vous me supposez des idées que je n'ai pas eues.

    Suscrire, verbe trans. a) Écrire au-dessus de la ligne.

    Je voudrais vous convaincre que tout ne sera qu'un peu de liquide noir huileux, transmis par le corps gras et la pierre, sur un papier blanc, à seule fin de produire chez le spectateur une sorte d'attirance diffuse et dominatrice dans le monde obscur de l'indéterminé. Et prédisposant à la pensée.

     

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    Quand s'éveillait la vie au fond de la matière obscure (Album Les origines)

    Voilà ce qui devrait vous suffire.

    Toutes les raisons que je vous donnerais sur la contexture de mes albums vous paraîtraient insignifiantes et puérile; elles leur enlèveraient le prestige qu'ils doivent avoir. Encore une fois, il est bon d'entourer toute  genèse d'un mystère. 

    Lorsque j'entrepris l'autre ouvrage, à Edgard Poe, j'avais, hélas, perdu toute mon innocence. Voyez comme il est précis dans l'exécution, et presque sec: la pierre m'avait déjà troublé, changé, sous son charme dur. La lecture du poête américain m'avait été maintes fois conseillée comme devant me donner un appui à mon art. On se trompait, je crois; ces contes ne sont pas mon livre de chevet. Pourtant je mis quelques mots sous ces nouvelles planches, habilement, je crois, et le public s'y trompa.

    Evidemment je n'avais fait là qu'une équivoque, bien permise, très légitime; l'album fut remarqué, c'était l'essentiel pour moi.

    Et je vis qu'on ne touchait pas impunément à la pierre sans être amener à la surcharger d'un mot d'écrit: tous les grands lithographes l'ont fait.

    Mais chez moi, fort différemment, rien de contingent, vous le voyez.

     

    Dans les ORIGINES j'ai vainement essayé de retrouver l'aisance et la spontanéité que j'avais montrées dans mon premier album.

    J'ai supprimé les légendes parce que le titre était déjà très lourd;

     il vous plaît ainsi.

    Il vous plairait d'avantage si vous connaissiez les suscriptions que j'ai mises, à la main, sur l'exemplaire d'un amateur d'Italie( le Prince Primoli) qui me les demanda.

    Mais j'ai bien fait de ne pas les imprimer.

    Elles entrent dans l'hypothèse qu'il n'était pas dans mon fait de renouveler.

    L'ouvrage m'avait donné assez de mal comme lithographe, il était inutile de le faire sortir de son rôle.

    Supposez que le titre eût été MONSTRES, et voyez comme il se range dans la filière de mes autres ouvrages.

    Ainsi pour les autres séries où je vous prie de voir un but d'art seulement, même dans les mots vagues qui les ornent, comme le ferait un qualificatif sur une sonate."


    ........à suivre